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L'actu de la myologie

Retrouvez chaque semaine une série d'articles collectés auprès de différentes sources d'informations.
Une attention particulière est portée aux publications scientifiques et médicales dans le domaine de la myologie et des maladies neuromusculaires. Chaque publication vous est présentée sous la forme d’une synthèse didactique reprenant les principaux points de l’article et les conclusions des auteurs. Le lien cliquable sur la référence vous renvoie vers le résumé en anglais disponible sur Pubmed.
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25/08/2008 - Un spectre clinique plus étendu dans les cavéolinopathies : à propos d’une cohorte britannique de 10 patients
Les cavéoles sont littéralement des "petits creux" ou "cavernes" situés dans l’épaisseur de la membrane musculaire. Elles joueraient un rôle dans la transduction du signal, le trafic membranaire et les phénomènes d’endocytose. Un de leurs constituants protéiques, la cavéoline-3, a été initialement impliquée dans plusieurs maladies neuromusculaires : une forme autosomique dominante de myopathie des ceintures (LGMD 1C), une forme de myopathie distale, des situations d’élévation isolée des CPK (hyperCKémie) et le syndrome du muscle ondulant (muscle rippling disease).
Dans un article publié en juin 2008, l’équipe de myologie de Newcastle rapporte les résultats d’une étude réalisée chez 10 patients recrutés au Royaume-Uni et porteurs de mutations pathogènes du gène de la cavéoline-3 (CAV3). Les manifestations cliniques apparaissent plus variées que dans les premières descriptions des cavéolinopathies. Les auteurs insistent sur la fréquence des phénomènes douloureux (myalgies, crampes) lesquels sont beaucoup plus gênants que le déficit musculaire par ailleurs inconstant. Un cas de myoglobinurie a également été observé pour la première fois de même que des manifestations à type d’hypoglycémie. Le meilleur signe d’appel pour penser à une cavéolinopathie restait dans la majorité des cas (huit patients sur dix) la présence d’ondulations musculaires à l’examen (phénomène de rippling).

Aboumousa et coll. Caveolinopathy - New mutations and additional symptoms. Neuromuscul Disord. 2008 Jul;18(7):572-8.
25/08/2005 - Risque accru de lithiase urinaire aux stades tardifs de la myopathie de Duchenne.
La myopathie de Duchenne est la maladie neuromusculaire la plus fréquente chez l’enfant et est due à l’absence de dystrophine. Elle se traduit par un déficit moteur progressif et invalidant, la perte de la marche survenant en moyenne entre 10 et 12 ans. Des complications respiratoires et cardiaques surviennent ultérieurement et sont à l’origine de décès précoces. Une meilleure prise en charge a permis une survie prolongée dans la majorité des cas, le plus souvent au prix d’un handicap lourd et d’une assistance ventilatoire. Dans ce contexte, plusieurs observations de lithiase urinaire d’origine plurifactorielle (l’immobilité y jouant toutefois un rôle majeur) ont été rapportées à un stade tardif de l’évolution.
Une équipe nord-américaine a étudié la prévalence de cette complication et vient de publier ses résultats en juin 2008. La lithiase survient essentiellement chez les patients au-delà de leur vingtième année et concerne jusqu’à 20% d’entre eux. Elle peut se traduire par des hématuries et des phénomènes douloureux, le tout nécessitant des gestes parfois invasifs (cytoscopie, lithotripsie). Comparativement à un groupe contrôle composé de personnes également concernées par une situation d’immobilité (de type IMC pour l’essentiel), le risque est accru dans la myopathie de Duchenne. On notera incidemment que les sujets étudiés dans le groupe DMD n’étaient pas sous corticothérapie.

Shumyatcher et coll. Symptomatic nephrolithiasis in prolonged survivors of Duchenne muscular dystrophy. 2008 Jul;18(7):561-4.
25/08/2008 - Des résultats encourageants pour l’utilisation du salbutamol dans l’amyotrophie spinale de type 2.
L’amyotrophie spinale infantile ou ASI (ou SMA pour spinal muscular atrophy) est la deuxième maladie neuromusculaire de l’enfant après la myopathie de Duchenne. De gravité variable et d'origine génétique, elle est liée à une dégénérescence motoneuronale qui entraîne des paralysies prédominant sur les muscles proximaux. Dans le type 2, les enfants atteints n’acquièrent jamais la marche et ont très fréquemment des complications respiratoires et orthopédiques. Le salbutamol est un bêtabloquant largement utilisé en médecine courante (notamment pour l’asthme) et aurait aussi, dans certains modèles souris, des propriétés trophiques pour le muscle. Il avait déjà fait l’objet d’une étude pilote encourageante dans la SMA en 2001.
Dans un article publié en juin 2008, un groupe de cliniciens italiens fait état d’une étude réalisée en ouvert chez 23 enfants atteints de SMA de type 2 traités pendant une année avec quotidiennement 6 mg de salbutamol par voie orale. Le critère principal d’appréciation était l’évolution du score fonctionnel de Hammersmith. Une amélioration statistiquement significative de ce score a été notée à 6 et 12 mois respectivement après le début de l’essai. Le produit a été bien toléré dans l’ensemble. La portée de ces résultats est toutefois à pondérer par le fait qu’il n’existait pas de groupe placebo. Les auteurs soulignent à juste titre la nécessité de prévoir de nouveaux essais, cette fois-ci contrôlés et à plus grande échelle, pour confirmer ces résultats.

Pane et coll. Daily salbutamol in young patients with SMA type II. Neuromuscul Disord. 2008 Jul;18(7):536-40.
25/08/2008 - Une greffe de moelle efficace dans un cas de myopathie à bâtonnets d’origine dysimmunitaire. A propos d’une observation française.
Les myopathies à bâtonnets (appelées aussi myopathies à némaline) constituent un ensemble hétérogène de maladies neuromusculaires pouvant toucher aussi bien l’enfant (dans le cadre nosologique des myopathies congénitales) que l’adulte (formes généralement acquises, et d’origine immunitaire ou infectieuse). On a ainsi décrit, chez certaines personnes d’âge mûr, des cas de myopathies à bâtonnets associées à un dérèglement du système immunitaire caractérisé, entre autres, par la production anormalement importante d’une protéine de type immunoglobuline. On parle de myopathie à bâtonnets à début tardif avec gammapathie (l’immunoglobuline incriminée étant de type gamma).
Dans une courte communication publiée en juin 2008, un groupe de cliniciens de l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière (paris) fait état de l’amélioration spectaculaire d’une patiente atteinte de cette forme dysimmunitaire de myopathie après une greffe de moelle osseuse autologue à visée thérapeutique. Agée de 63 ans, cette personne avait vu son état clinique se dégrader en deux ans jusqu’à dépendre d’un fauteuil roulant et à présenter des algies intenses. La greffe de moelle a permis de faire disparaître la production de l’immunoglobuline incriminée et surtout a permis de rendre une marche autonome à cette personne. Les auteurs soulignent, avec raison, l’intérêt de cette approche, certes agressive, mais potentiellement très efficace, au moins dans les formes très évolutives de cette myopathie dysimmunitaire.

Benveniste et coll. Stem cell transplantation in a patient with late-onset nemaline myopathy and gammopathy. Neurology. 2008 Aug 12;71(7):531-2.
25/08/2008 - Une prévalence importante des manifestations digestives dans dystrophie myotonique de type 2 : à propos d’une enquête aux Pays-Bas
La dystrophie myotonique de type 2 (ou DM2, aussi appelée PROMM pour myopathie myotonique proximale) est une variante de la maladie de Steinert (DM1). De description récente et beaucoup moins fréquente que la DM1, cette maladie neuromusculaire peut mimer la maladie de Steinert en tous points ou presque. De transmission autosomique dominante et débutant à l’âge adulte, elle est réputée de meilleur pronostic. Pour autant, la fréquence des manifestations extra-musculaires est assez mal connue.
Dans ce contexte, une équipe de myologues néerlandais publie en juillet 2008 les résultats d’une étude comparative entre des patients DM1 (29), des patients DM2 (29) et un groupe contrôle apparié pour l’âge et le sexe (87). Les phénomènes dysphagiques, les douleurs abdominales ou les troubles du transit ont été évalués à l’aide d’un questionnaire et, le cas échéant, des investigations complémentaires (imagerie, études du transit) ont été effectuées. Il apparaît clairement que la fréquence de ces troubles digestifs est comparable à celle notée dans dystrophie myotonique de type 1 contrairement à ce que l'on croyait jusqu'à maintenant. Près de 40% des patients DM2 se plaignaient de dysphagie, 62% d’entre eux avaient des douleurs abdominales et 62 % des troubles du transit. Ces données, significativement différentes à celles du groupe contrôle, apportent un éclairage nouveau sur l’histoire naturelle de la DM2.

Tieleman et coll. Gastrointestinal involvement is frequent in Myotonic Dystrophy type 2. Neuromuscul Disord. 2008 Aug;18(8):646-9.
20/08/2008 - Les nesprines 1 et 2, fauteurs de troubles dans les dystrophies musculaires d'Emery-Dreifuss (DMED)
Deux études récentes ont montré l'implication des nesprines 1 et 2 dans la pathogénèse des DMED. Les nesprines sont des protéines qui forment un réseau reliant les différents compartiments cellulaires entre eux (noyau, réticulum sarcoplasmique, sarcomère, cytosquelette...). Les nesprines sont également connues pour interagir avec les lamines A/C et l'émerine. D'où leur possible implication dans les mécanismes pathologiques des DMED.
Partant de cette hypothèse, une équipe anglaise a analysé les gènes des nesprines 1 et 2 chez 190 personnes avec une maladie cliniquement proche de la DMED mais sans mutations dans les gènes LMNA et EMD. Les auteurs ont ainsi identifié des mutations des nesprines dans 4 familles différentes. Les résultats montrent que les cellules de ces patients présentent des noyaux déformés et une altération des interactions entre les nesprines, les lamines et l'émerine.
Dans une autre étude, la même équipe a démontré que des mutations de l'émerine, connues pour provoquer la DMED-X chez l'homme, empêche l'émerine de se lier aux nesprines.
L'ensemble de ces résultats indiquent que les nesprines 1 et 2 jouent un rôle pathologique important dans les DMED. Ces maladies pourraient ainsi êtres causées par un défaut d'interaction entre les nesprines et les lamines/émerine et plus largement entre le noyau et le cytoplasme.


20/08/2008 - Fréquence élevée de signes autistes dans les formes congénitale et infantile de la maladie de Steinert
La dystrophie myotonique de Steinert (ou DM1) est une des maladies neuromusculaires les plus fréquentes. Elle est due à une expansion de triplets CTG dans le gène DMPK situé sur le chromosome 19. Maladie multisystémique de par son expression clinique, la DM1 peut débuter à tous les âges de la vie, y compris à la naissance donnant alors lieu à des formes congénitales d’une grande gravité. Les formes congénitale et infantile de la maladie de Steinert sont fréquemment associées à des troubles cognitifs et/ou neuropsychiatriques.
Dans une étude janvier 2008, une équipe suédoise a rapporté ces troubles chez 57 enfants et adolescents atteints de maladie de Steinert (DM1) possédant dans le gène DMPK un nombre de répétitions CTG supérieur à 40. Les auteurs ont distingué quatre groupes de patients selon l'âge de début de la maladie et la gravité des symptômes présentés : 19 avaient une forme congénitale sévère, 18 une forme congénitale modérée, 18 une forme infantile et 1 une forme classique de DM1. Les examens ont montré que 45% de ces enfants et adolescents atteints de DM1 présentaient des signes autistes (troubles de la communication verbale et non verbale, difficultés à intégrer les règles de communication sociale, immaturité du contrôle des émotions, trop grande sensibilité, réactions inappropriées, manque d’imagination et de créativité, dans le jeu par exemple...). Le risque de présenter ces signes autistes est corrélé à la sévérité de la maladie et au nombre de répétitions CTG. D'autre part, 86% des patients de l'étude avait un retard mental. Cette étude souligne la fréquence importante de signes autistes dans les formes congénitale et infantile de DM1 nécessitant un suivi et une prise en charge adaptés.

Ekström et coll.Autism spectrum conditons in myotonic dystrophy type 1: A study on 57 individuals with congenital and childhood forms; Am J Med Genet B Neuropsychiatr Genet. 2008 Jan 28. [Epub ahead of print].
20/08/2008 - Des mutations dans le gène TPM3 de l'alpha-tropomyosine lente représentent la cause principale de la myopathie congénitale avec disproportion du type de fibres
Les myopathies congénitales sont des maladies musculaires présentes dès la naissance mais qui peuvent se manifester plus tardivement. Des anomalies d'un même gène sont associées à différentes formes de myopathies congénitales qui se distinguent tant sur le plan histologique que sur le plan clinique. La myopathie avec disproportion des types de fibres (CFTD) se caractérise par des fibres musculaires de type 1 de petites tailles (hypotrophie des fibres musculaires de type 1). Jusqu'en 2007, la myopathie congénitale avec disproportion du type de fibres (CFTD) était associée à seulement deux gènes, ACTA1 et SEPN1, et de nombreux patients restaient sans diagnostic génétique. Dans une étude publiée en mars 2008, une équipe australienne, en collaboration avec des chercheurs français, ont analysé le gène TPM3 de l'alpha-tropomyosine lente chez 23 personnes présentant une CFTD sur le plan clinique et sur la biopsie musculaire mais sans anomalie des gènes ACTA1 et SEPN1. Les auteurs ont identifié de nouvelles mutations du gène TPM3 chez 5 familles. Cliniquement, les patients présentaient une faiblesse des muscles des ceintures, des muscles fléchisseurs du genou et du fléchisseur dorsal du pied ainsi qu'une atteinte modérée de la face et un léger ptosis. L'âge de début et la sévérité étaient variables, même au sein d'une même famille.
Cette étude montre que les mutations dans le gène TPM3 de l'alpha-tropomyosine lente représentent la cause principale de la CFTD.

Clarke et coll. Mutations in TPM3 are a common cause of congenital fiber type disproportion
Ann Neurol. 2008, 63(3) : 329-37 (Mars 2008).

04/08/2008 - Complications vasculaires cérébrales de la maladie de Pompe à début tardif : à propos d’une étude française rétrospective
La maladie de Pompe est une maladie neuromusculaire autosomique récessive due à un déficit dans une enzyme lysosomale, la maltase acide. Elle entraîne des déficits moteur, respiratoire et parfois cardiaque, avec une intensité et un âge de début très variable. Dans les formes à début tardif, parfois même à l’âge adulte, les complications sont avant tout respiratoires et motrices (déficit des muscles des ceintures). Des complications vasculaires cérébrales ont déjà été rapportées dans la littérature mais souvent de manière anecdotique. L’accumulation de glycogène dans la paroi artérielle en serait la cause.
Dans une étude rétrospective publiée en mai 2008, un consortium de myologues parisiens, garchois et lyonnais, présente les observations de trois patients adultes souffrant de maladie de Pompe chez qui de telles complications ont été observées. Il peut s’agir, selon les cas, d’une véritable artériopathie ou de phénomènes anévrysmaux au niveau du tronc basilaire. Ces complications peuvent revêtir un caractère familial et ont été à l’origine d’un décès précoce (à 35 ans) ou d’accidents vasculaires cérébraux à répétition. Deux des patients concernés étaient traités par enzymothérapie substitutive et leurs lésions semblaient, anatomiquement, stabilisées. Ces observations concourent à mieux connaître l’histoire naturelle de la maladie de Pompe et doivent inciter les myologues cliniciens à rechercher systématiquement des complications vasculaires par une imagerie cérébrale au moindre doute.

Laforêt et coll. Dilative arteriopathy and basilar artery dolichoectasia complicating late-onset Pompe disease. Neurology. 2008 May 27;70(22):2063-2066.
04/08/2008 - La myopathie oculo-pharyngo-distale : à propos d’une observation familiale chinoise
La myopathie oculo-pharyngo-distale (MOPD) est une maladie neuromusculaire très rare, transmise selon un mode autosomique dominant ou récessif selon le cas, et partageant certains traits avec la dystrophie musculaire oculo-pharyngée (DMOP). On retrouve la MOPD plutôt au Japon alors que la DMOP, bien plus fréquente de manière générale, est de prévalence élevée dans la province canadienne du Québec. Cliniquement, les deux affections ont en commun une dysphagie, un ptosis et des troubles de l’oculomotricité à des degrés diverses. En revanche, la MOPD se manifeste par un déficit musculaire franchement distal surtout au niveau des membres inférieurs. L’anomalie génétique en cause dans la myopathie oculo-pharyngo-distale est encore inconnue à ce jour.
Dans un article publié en mai 2008, des neurologues chinois rapportent le cas d’une grande famille au sein de laquelle 6 personnes étaient atteintes de myopathie oculo-pharyngo-distale. L’une d’entre elles a fait l’objet d’investigations poussées notamment au niveau histologique. Des vacuoles bordées et des inclusions tubulo-filamentaires ont été retrouvées dans le muscle, y compris dans le noyau des fibres. Des analyses génétiques ont permis d’éliminer formellement une forme classique d’OPMD (expansion dans le gène PABPN1) ou une myopathie de Nonaka (gène GNE). Cette observation pourrait s’avérer très utile pour d’éventuelles études de liaison, préalable à toute identification du gène causal de l’OPDM.

Lu et coll. The clinical and myopathological features of oculopharyngodistal myopathy in a Chinese family. Neuropathology. 2008 May 23. [Epub ahead of print]

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